Revu le mardi 28 février 2017

EXTRAITS   DE  PRESSE

 

 ... Décor le plus souvent vide mais particulièrement explicite, dans ses apparences, de la vanité ou de la naïveté attendrissante qui ont généré ces décors de théatre vide. Réalisées à la chambre et en couleurs, ces images jonglent avec les lumières et les jeux colorés qui vont des camaïeux aux stridences absolues. La couleur est ici essentielle pour exalter cette réalité que débusque Claude Pauquet au sein d'un chaos d'informations multiples pour la transformer en un discours sans dramatisation, ni artifices. Vision contemporaine du paysage sans doute, mais sans la froide banalité qui en imprègne la plus grande partie. Vision essentiellement paisible, teintée d'un léger humour, de cette fin de terre à l'activité souvent saisonnière. Un beau voyage coloré dans une sorte de no man's land naturel.

Jean-Claude Gautrand, le Photographe N°1649.

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Complexité du simple dans cette série de photographies.

Photos d’un bonheur possible à condition de le mesurer…

C’est l’exactitude des photographies de Claude Pauquet qui les rend efficaces ; elles travaillent une sorte de déjà-vu-mais-pas-comme-ça. Et c’est par ce décalage forcé de l’œil que l’on recommence à voir. On est frappé par le poids de réalité quotidienne que révèlent ces photographies et leur force objective.

Antoine Emaz, écrivain, critique.

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…. Photographier, ici, dans cette avenue de banlieue, une ligne qui ne fuit pas, n’introduit aucune perspective, maintient un segment de mémoire possible, c’est soutenir que l’écart n’est pas écartement.

… et les choses n’ont pu fuir ni disparaître . Chaque barrière, chaque poteau, chaque brin d’herbe grise, chaque couche de peinture, rouge ou noire, est un point de regard.

 … Il photographie pour répondre de « cette réclamation muette qu’aucun art ne comblera » (Walter Benjamin)

Daniel Dobbels, chorégraphe, écrivain, critique.

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 … l’ intention ( de Claude Pauquet)  est de se livrer, par la photographie, à un travail du biographique par lequel les vingt-sept mois de déportation de la vie de sa mère pourront être retemporalisés, réappropriés, non pas exactement sous l’angle d’une transmission, d’un savoir ou d’une mémoire héritée, mais bien selon un geste de pure subjectivation permettant au passé du témoin de filtrer dans le présent du fils

 La série photographique de Convoi vers l’est … fait ainsi apparaître le tracé d’un périple initiatique. Refaire le voyage de la mère, cela ressortit au pèlerinage et à l’itinéraire conjuratoire : il est question, en effet, d’exorciser la part maudite de ce passé.

Cette limite impose au photographe des choix esthétiques, susceptibles de répondre aux devoirs du second témoin, ou du témoin au second degré. Les photos de Convoi vers l’est forment un récit dont la temporalité se résout dans le traitement des lieux, dans les déplacements, et toute la matière de l’espace.

Ce qui est   traduit là …c’est l’abolition du temps, d’abord dans le convoi en train, puis dans le camp, où une autre économie domine, qui ruine le temps précisément. Cette détemporalisation correspond en outre chez Pauquet au choix d’un point de vue, matérialisé par le cadrage dans la photographie. Point de vue souvent jeté à même les choses, puissamment subjectivisé ou focalisé – comme de l’intérieur même des camps parfois –, de telle sorte que certains clichés pris isolément, et décontextualisés, se voient privés de leur contenu informatif immédiat et font signe vers d’autres genres, tels que le paysage ou la vue : un champ enneigé cerné d’herbes hautes ou telle étendue déserte surplombée d’un vol d’oiseaux migrateurs ne suffisent ni à la localisation ni à la temporalisation. Sortis du cycle, les clichés seraient réduits à leur qualité esthétique – cette lecture trahirait le projet.

 Pauquet vide délibérément toutes ses images, y compris celles du parcours lui-même, avant et après les camps, constituant tout le trajet, aller et retour, en théâtre de ce vide – et chaque spectateur en devient le témoin, entend le silence qui en devient trace. En ce sens, c’est encore le statut même de témoin qui est ici joué, mis en jeu comme silence impossible et parole suspendue.

Dominique Moncond'huy et Henri Scepi, universitaires, écrivains.

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 " Beau "  voyage, lu avec une émotion peu commune.

Gérard Lefort, Libération.

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Claude Pauquet repart ainsi sur l’itinéraire de la déportation de sa mère en refaisant, pas à pas, le voyage du convoi de Romainville à Mauthausen, via Auschwitz, Birkenau, et Ravensbrück. Dans ces images sobres au format panoramique, Claude Pauquet restitue ce temps figé, le poids des choses et le silence qui baigne aujourd’hui ces lieux qui n’ont connu que l’horreur. Il le fait avec un tact et une réserve d’autant plus louable qu’il est partie prenante du drame que conte, dans un texte poignant, sa mère, rescapée miraculeuse de cet enfer. Un témoignage puissant et émouvant sur l’ineffaçable……

Jean Claude Gautrand, le Photographe N°1604.

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Quelques photographies de Claude Pauquet dans des enveloppes. Je les aime tout de suite.

Il a choisi des éclats –24 images seconde- , il y joint un éclat du texte. Les répliques de Dom Juan se promènent entre nous, sortent du chapiteau, et se retrouvent au café, dans le village… (deviennent) une autre manière de s’emparer de l’œuvre pour les futurs spectateurs. Claude Pauquet a attrapé cela. Celui qui regarde fait partie du travail…

 … En regardant les photographies de Claude Pauquet, je suis étonnée de ne le trouver sur aucune.

Il était là, partout,à espérer que cela ait lieu. Ses images ont circulé entre nous comme un fil qui rendait l’histoire plus forte, un témoignage discret et tenace. On éprouve beaucoup de reconnaissance pour celui qui par son attention de chat permet l’aventure de se raconter…

Claire Lasne, metteur en scène, co-directrice du Centre Dramatique Poitou-Charentes,  comédienne.

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Les photographies de Claude Pauquet supposent qu’il y a plusieurs lectures possibles de la réalité comme de la photographie. A n’en pas douter, le talent de l’artiste rompt avec une certaine vision de la photographie empreinte du masque des beautés trop spectaculaires… Il sait jouer des codes contemporains : les formes épurées, les matières, l’ombre, les traces de lumières, l’alternance des rythmes qu’il privilégie, donnent une nouvelle expression aux formes les plus communes….Ce projet renvoie à l’époque où l’artiste voyageait à l’occasion de ses vacances, empruntant cet itinéraire Nord-Sud. Nourri de la mémoire de ces images, il ramène le rêve à la réalité, sans excès de sentiment, ni vanité, ni mélancolie.

Régine Graves,  conseiller artistique.

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Ce qui nous intéresse dans ce parcours nord-sud à travers la France, c’est ce qui a été négligé, marginalisé.

Il y a là des gestes humains, des habitations de fortune, des coins de nature…

Au fond, l’itinéraire que nous proposons avec Claude Pauquet, c’est un voyage dans l’histoire secrète de l’humanité, dans une vision cosmique des choses. Chaque élément de réalité non planifié, non réduit, a des dimensions insoupçonnées.

Kenneth White, écrivain.

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Ces Bordures sont celles de deux routes nationales, la 1 et la 10, dont l'intersection se situe à Paris, au pont de Sèvres, et qui forment un tracé de Dunkerque à Hendaye. Pendant plus de deux ans, le photographe a arpenté cet itinéraire du nord au sud, scrutant le paysage pour en extraire l'instant poétique ou pittoresque. Sans chercher à cibler le paysage, à le faire reconnaître par ses symboles, il en livre néanmoins quelques bribes infimes, légères fragrances échappées du flacon. C'est avec beaucoup de bonheur que nous voyageons avec lui en quelques quarante-cinq images, bercé par les stances de Kenneth White, l'inénarrable fondateur de l'Institut International de Géopoétique. Cet itinéraire n'est qu'un prétexte, bien sûr, celui de surprendre et de charmer par cette balade bohème, peut-être.

 

RC.G. Photographie Magazine