Revu le mardi 28 février 2017

PORTRAIT DU PHOTOGRAPHE EN ROBINSON

  Claude Pauquet a son truc pour bivouaquer au cœur des forêts : « quand on n’a pas envie d’être dérangé, la technique à adopter est la même que celle du camping sauvage : quitter la grande route, puis la voie secondaire, ensuite un premier chemin de terre, enfin un autre, et ainsi de suite, s’installer au jour ou dans le noir pour ne pas attirer l’attention… sans oublier de prendre des repères pour se retrouver.»

Il aime la nature, la solitude et il n’est pas le seul : vivre dans les bois est une activité en passe de se banaliser et d’être, sinon à la mode, du moins pratiquée à une échelle prometteuse.

  Nous gardons en mémoire quelques personnes remarquables, meurtriers ou gens soupçonnés de meurtres – ce qui revient au même dans le tumulte médiatique - prétendant vivre dans les bois, seul moyen idoine pour mettre en échec la traque de toutes les polices et gendarmeries associées.

   Un fait divers d’il y a quelques années avait ainsi tenu la France en haleine. Un homme, habitué à courir les forêts de par sa profession (garde-forestier, dans mon souvenir) avait mis en échec police et gendarmerie pendant de longues semaines. L’affaire avait suscité les ricanements des blagueurs qui adorent ce genre d’histoire additionnant Robin des Bois, Jean Valjan, Robinson Crusoë et autres héros farceurs prompts à se rire de l’ordre établi.

  Notre garde avait menti. D’après l’enquête, il aurait préféré le désert des villes à la compagnie de la mousse qui s’épanouit du côté nord des arbres, à la pluie qui s’attarde dans les bois et dans les mois en r, ceux où l’on préconise la dégustation des huitres. Sans oublier le souffle des sangliers dont la hure repose dans le cou du fugitif. Ou le galop nocturne des cerfs propre à déranger le sommeil de l’évadé. Sa cavale était cependant riche de rêveries pour les sédentaires.

  Les refuges sylvestres restent des valeurs sûres. Pour les révoltés, les glorieux, les maquisards de la Résistance, les anonymes, les fugueurs adolescents, les sportifs, les joggeurs du matin, les randonneurs qui, aux saisons propices, arpentent les sentiers en suivant la route du sel ou celle de Compostelle. On pourrait ajouter à cette liste les victimes de la crise, du chômage… autre histoire de notre temps.

  Claude Pauquet est des leurs : il aime les bois.

De Colombey-les-Deux-Eglises à l’Espagne, en passant par le littoral atlantique, pour bénéficier du retour de la lumière et de la chaleur, Claude a souvent positionné son véhicule dans l’axe du soleil levant . Au soleil… mais il arrive parfois que celui-ci oublie et se cache derrière les nuages.

  Au hasard d’une conversation, il m’a confié y « attendre le soir la vraie nuit pour recharger les plans films dans le noir le plus complet ». Déclaration aussi mystérieuse que poétique pour moi. Les nuits d’hiver, il y prend sa dernière photo vers 18 heures et se lève aux premières lueurs, ce qui lui permet de saisir « le même paysage sous des lumières différentes. »

  Comme les îles, les forêts sont de partout et les Robinson y sont chez eux. Claude aussi… parfois.

Pierre D'Ovidio, écrivain,

Mars 2014.